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Reportage avec Henri Lemoine : Président de Générations Mouvement et Vice-Président de la FIAPA

Mardi 13 janvier 2026

Henri Lemoine porte une vision engagée et moderne du rôle des seniors dans la société. Rencontre avec un homme qui croit profondément au pouvoir de la transmission. 

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Photo de profil Henri Lemoine avec fond beige marron

Qu'est-ce qui vous a personnellement conduit à vous engager auprès des retraités ? 

L’engagement, personnellement, je l’ai toujours connu : d’abord dans les mouvements de jeunesse, très actifs en Bretagne, puis comme responsable de colonies de vacances pendant mes études. En activité au Crédit Mutuel, ce fut très tôt le syndicalisme et plus tard une fonction d’élu local.

Alors que j’arrivais en retraite, le club des Anciens de mon petit village en Côtes-d’Armor m’a demandé un coup de main. Ici l’engagement est naturel. Si vous ne faites rien, il ne se passe rien. Très simplement, je pense qu’en m’engageant, j’ai rendu un peu de ce que j’ai reçu.

Quels sont les défis pour l'association aujourd'hui ?

Un premier grand défi a été le covid. Il a remis en cause notre raison d'être, puisque nous fonctionnons grâce au lien social. Il a fallu réinviter les échanges. Le bonheur des retrouvailles nous a montré à quel point notre action était essentielle. Ensuite, il y a le renouvellement des bénévoles. Ma génération s'est engagée très tôt, dans des mouvements très structurés. 

Aujourd'hui, le nouveau retraité observe avant de s'engager et sera plus tenté par une action ponctuelle, même vraiment prenante, plutôt que par un engagement hebdomadaire. Les adhérents sont plus exigeants, à juste raison, mais cela est plus contraignant pour les bénévoles. Ceux-ci doivent être bien formés, bien assurés et très entourés : nous nous y employons. Enfin, les retraités sont facilement caricaturés. On entend dire dans les médias " Vous avez eu la belle vie ! " ou encore " Vous avez vu le monde que vous nous laissez !" C'est très réducteur. Il faut rester modeste. 

Quand j’ai commencé, les 35 heures n’existaient pas, j’étais derrière mon comptoir six jours sur sept… Il est vrai que personne n’avait imaginé un tel allongement de la vie. Autrefois, beaucoup n’atteignaient même pas la retraite. Aujourd’hui, le vieillissement est un coût pour la société, oui, mais c’est surtout une chance ! Les retraités sont utiles. Les familles le savent. Les villages le savent. 
On organise, on transmet, on soutient. Les seniors ont une part à prendre. Il faut rester dans le dialogue, ne pas se mettre en position défensive. Nous sommes des citoyens comme les autres.

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Henri lemoine debout souriant

Comment décririez-vous le rôle des Générations Mouvement dans la vie sociale et associative des retraités ? 


Générations Mouvement, c’est un réseau créé en 1976 à l’initiative de la MSA pour accompagner une formidable mutation du monde agricole. Le Mouvement compte 500 000 adhérents répartis en 7 000 associations locales animées par 40 000 bénévoles.

Une quarantaine de fédérations départementales ont une salariée et le national dispose d’une équipe de huit salariés. Dès le départ, la mission était fixée : occuper tous ces agriculteurs auxquels les pouvoirs publics demandaient de partir en retraite. 

Au programme : jeux de société, pétanque, sorties d’un jour ou deux. Aujourd’hui, les choses ont évolué et se sont structurées. Nous disposons d’un outil numérique puissant, d’un contrat d’assurance propre au Mouvement et nous sommes déclarés opérateur de voyages. Tout est recherché pour permettre à nos adhérents de vieillir agréablement et en bonne santé : activité physique et cérébrale, lien social. Nous allons même plus loin dans la dimension santé en proposant le programme ICOPE qui permet de mesurer les six fonctions clés de la santé : mémoire, nutrition, vision, audition, psychologie et mobilité. Nous formons des responsables à cet outil de mesure, nous pouvons ensuite donner des pistes d’action.

Pouvez-vous nous parler d'initiatives concrètes dont vous êtes fier ? 

Avec Groupama, nous avons soutenu une vingtaine de projets à Madagascar. Je pense à ce terrain vague, en 2019, dans un village très pauvre. Aujourd’hui, c’est un groupe scolaire complet, de la maternelle au lycée. Le village vit. Et surtout, les bâtiments ont été construits en partenariat avec les parents d’élèves, avec leur concours, pas à leur place. 

Une association de l’Oise, TALE France, y a ajouté une dimension économique avec la fourniture de zébus et de matériel agricole et surtout une organisation coopérative. Quelques années plus tard, l’habitat a changé, c’est plus de confort et de dignité. Et puis, il y a nos actions en France : « Senior Vacances », par exemple, un dispositif financé en partie par l’Agence nationale pour les chèque-vacances (ANCV), qui permet à plus de 10 000 retraités, souvent non imposables, de partir une semaine par an. Là aussi, chacun a un rôle : secrétaire, représentant des usagers, organisateur de marches ou de voyages…

On multiplie les responsabilités pour multiplier les impacts. Ce dont je suis le plus fier ? Ces milliers de bénévoles qui se mobilisent pour quelque chose de plus grand qu’eux : le collectif.

En tant que membre fondateur de la FIAPA, comment percevez-vous l'importance d'une coopération internationale en matière de droits des personnes âgées ?

L’idée de départ de la FIAPA est simple : tout ce que l’on observe au niveau national, d’autres pays y sont aussi confrontés. Le vieillissement de la population, la perte d’autonomie, la maltraitance, le besoin de rester citoyen, ces enjeux-là sont partout.
La Fiapa poursuit trois objectifs très clairs : défendre les droits et la dignité des personnes âgées ; créer des liens entre nous à l’échelle européenne et internationale ; porter un plaidoyer auprès des pouvoirs publics, de l’Europe et de l’Unesco. Le rôle de la Fiapa, c’est vraiment d’être le porte-parole des personnes âgées au niveau international.

Quel message souhaitez-vous adresser aux nouveaux retraités ? 

Il faut accepter « d’avoir été ». Votre vie d’avant était belle, mais une autre commence. Et elle peut être tout aussi belle. Mettez vos talents, vos compétences, votre expérience au service d’une cause. Être utile, c’est rester vivant. Être quelqu’un pour quelqu’un : c’est la meilleure manière de se sentir être utile et d’être heureux

Le premier bénéficiaire de l’engagement, c’est toujours celui qui s’engage. Je pense à une anecdote, une amie qui appelle sa mère âgée qui traversait une période tristounette les jours précédents, lui dit toute guillerette : « Demain, j’ai l’assemblée générale du club, alors aujourd’hui, je vais chez le coiffeur ! » Sa semaine avait retrouvé un objectif. Un rôle, une mission dans une vie, ça change tout.

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Henri lemoine assis avec porte jaune en arrière plan

Comment voyez-vous l'avenir ?

J'aimerais que la société soit plus intergénérationnelle, vraiment ! Une société où l'on continue à se parler. Même si un jour, nous sommes entourés de robots ou d'intelligence artificielle, le contact humain devra toujours être là. Ça me paraît essentiel. 

Quelle signification donnez-vous au mot "juste" ? 

Pour moi, une décision juste, c'est une décision comprise, qui atteint son but. Il faut être en paix avec sa conscience, mais avec humilité. Ce n'est pas parce qu'on tranche qu'on a forcément totalement raison.