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Grossesse et alcool : des risques bien réels

Une femme enceinte peut-elle s’autoriser un verre de temps en temps ? Beaucoup de Français pensent que oui, malgré les mises en garde de la part des professionnels de santé. Même si l’on n’a pas de certitude absolue quant aux risques pour le fœtus d’une consommation modérée et exceptionnelle, la consigne est de ne pas boire une seule goutte d’alcool pendant la grossesse. Les futures mamans doivent en avoir conscience : une consommation d’alcool, même modérée, peut avoir de graves répercussions sur la santé de l’enfant à naître, car l’alcool traverse la barrière placentaire. Un seul verre peut ainsi entraîner un fort taux d’alcoolisation du fœtus, en raison du faible poids de ce dernier et de l’immaturité de son foie et de ses reins, qui ne peuvent éliminer l’alcool. Appliquer le principe de précaution Toutes les étapes de la grossesse sont critiques, c’est pourquoi l’Académie de médecine recommande le sevrage total pendant celle-ci – et même, si possible, avant la conception.  « On ne peut pas dire que consommer un peu d’alcool est sans danger au premier, second ou troisième trimestre : quelle que soit la période, le principe général est zéro alcool », confirme Isabelle Derrendinger, conseillère au Conseil national de l’ordre des sages-femmes et directrice de l’école de sages-femmes de Nantes, avant de préciser : « Il y a une totale iniquité concernant l’alcool chez la femme enceinte : les risques sont réels, mais inconstants. » La première cause de handicap mental non génétique Comme l’on peut s’y attendre, ce sont les consommations d’alcool importantes et régulières qui sont à l’origine des problèmes les plus graves, à savoir le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). Selon l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), « la prévalence du SAF dans le monde occidental est estimée entre 0,5 et 3 pour mille naissances vivantes ». D’après une étude de l’Inserm datant de 2001, 700 à 3 000 enfants seraient concernés sur les 800 000 naissances survenant chaque année en France, des chiffres confirmés par l’INPES.
« Les enfants touchés par le syndrome d’alcoolisation fœtale présentent des retards de croissance, leurs poids et taille de naissance sont inférieurs à la moyenne », explique Isabelle Derrendinger. Cette exposition du fœtus à l’alcool peut entraîner, plus tard, des anomalies physiques, cognitives et comportementales. Les enfants atteints du SAF possèdent ainsi certaines caractéristiques physiques, comme une lèvre supérieure plus fine, un espace entre les paupières plus étroit, un sillon nasolabial lisse ou aplati. L’alcoolisation de la mère pendant la grossesse peut aussi avoir pour conséquences des atteintes du système nerveux, avec à la clé des problèmes neurologiques, une déficience mentale, des difficultés d’apprentissage, des troubles de la mémoire ou du comportement, qui se manifesteront au fur et à mesure que l’enfant grandira. « En France, comme dans d’autres pays occidentaux, la consommation d’alcool pendant la grossesse est la première cause de handicap mental d’origine non génétique chez l’enfant », souligne l’INPES. Un diagnostic difficile à établir « Il est cependant très complexe d’établir le diagnostic de SAF, car ce n’est pas parce qu’un enfant présente l’un de ces troubles que l’on peut en conclure que sa mère a ingéré de l’alcool pendant la grossesse, nuance Isabelle Derrendinger. Les impacts d’une consommation d’alcool sont divers et plus ou moins marqués, et peuvent se manifester longtemps après la naissance. » Ainsi, l’échec scolaire, des problèmes psychologiques ou un comportement social inadapté seront peut-être liés à l’alcoolisation de la mère au cours de la grossesse. Des consommations même ponctuelles peuvent aussi augmenter le risque de faire une fausse couche, d’accoucher prématurément, d’avoir un bébé de faible poids ou un enfant présentant un retard d’acquisition du langage. Responsabiliser sans culpabiliser « Il faut une communication responsable, mais qui ne soit pas pour autant alarmiste, déclare Isabelle Derrendinger. Nous recommandons de poser systématiquement la question aux femmes enceintes, mais aussi à celles qui ne le sont pas. Il faut parler de la consommation d’alcool chez la femme en âge de procréer avec ou sans désir de grossesse, notamment chez les adolescentes, qui présentent souvent des comportements à risque. » Afin de vérifier « s’il y a eu ou non consommation d’alcool », la sage-femme préconise aux professionnels de santé qui suivent la femme enceinte d’aborder le sujet « à n’importe quel stade de la grossesse ». Pour lever les inquiétudes, les échographies feront l’objet d’une attention particulière en cas de prise d’alcool, même si celle-ci a été exceptionnelle, à l’occasion d’une fête ou d’un anniversaire par exemple. Des messages de prévention efficaces Isabelle Derrendinger salue les effets positifs de la campagne d’information « Zéro alcool pendant la grossesse », menée en 2006, qui a permis « une modification de l’attitude générale en France ». D’après une étude de l’INPES réalisée auprès de 200 femmes enceintes, en 2004, 29 % avaient déclaré avoir bu de l’alcool pendant leur grossesse (moins de deux verres par jour) ; en 2006, elles n’étaient plus que 13 %. Isabelle Derrendinger met aussi en exergue le problème de l’alcoolisation familiale, « qui a un retentissement sur le développement de l’enfant », et dénonce certains préjugés : « Il faut briser la représentation que l’on peut avoir de l’alcoolisation, car cela ne se produit pas que dans les familles socialement défavorisées ; le problème existe dans tous les univers sociaux, même chez les cadres supérieurs. » Sources : FNMF-Catherine Chausseray-Shutterstock
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