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03/05/2017
Travail de nuit et travail posté : quelles conséquences sur la santé ?

De nombreux salariés sont concernés par des horaires dits atypiques, comme le travail de nuit ou le travail posté. Or ces modes d’organisation, qui perturbent les rythmes biologiques, ne sont pas sans risques pour la santé.

En France, près de deux salariés sur trois ont des horaires dits atypiques, selon une enquête menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). C’est le cas, notamment, des salariés en travail posté, dont les équipes se relaient sur un même poste, et des salariés en travail de nuit, qui exercent entre 21 heures et 6 heures. En 2012, 15,4 % des salariés travaillaient de nuit de manière habituelle ou occasionnelle, soit 3,5 millions de personnes.
Les professionnels concernés étant nombreux, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a été saisie par les organisations syndicales pour évaluer les risques sanitaires liés à ces horaires atypiques. Résultat : le rapport des experts, publié en 2016, met en évidence « des risques avérés de troubles du sommeil, de troubles métaboliques, et des risques probables cancérogènes, de troubles cardiovasculaires et de troubles psychiques ».

Perturbation des fonctions physiologiques

« Les horaires atypiques peuvent constituer un facteur de risque pour la santé des travailleurs, confirme le docteur Marie-Anne Gautier, expert médical risques physiques et psychosociaux à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). En effet, l’organisme est soumis à un rythme circadien, programmé par une horloge interne et qui a une action régulatrice des grandes fonctions physiologiques, comme le rythme cardiaque, les sécrétions hormonales, les horaires de prise alimentaire et l’alternance de la veille et du sommeil. » Et la perturbation de ces fonctions peut se manifester par des troubles variés...

Risques avérés, probables ou possibles

Les experts de l’Anses ont établi trois niveaux de risque : avéré, probable et possible. « Ils ont mis en avant des risques avérés de somnolence, de baisse de la qualité de sommeil et de réduction du temps de sommeil global, mais aussi de syndrome métabolique, qui se caractérise par un ensemble de signes physiologiques tels qu’une augmentation de la pression artérielle ou du cholestérol », explique Marie-Anne Gautier. Le travail posté et le travail de nuit ont aussi des effets probables sur la santé psychique, les performances cognitives, l’obésité et la prise de poids, le diabète de type 2 et les maladies coronariennes. Concernant le risque de cancer, les experts concluent, là encore, à un effet probable. « Il existe notamment des éléments en faveur d’un excès de risque de cancer du sein associé au travail de nuit, qui serait dû en partie aux perturbations des cycles biologiques », écrivent-ils dans leur rapport. L’Anses note en outre un lien possible avec la dyslipidémie (une concentration trop élevée de cholestérol et de triglycérides dans le sang), l’hypertension artérielle ou encore la survenue d’un accident vasculaire cérébral ischémique.
Le travail posté et le travail de nuit ont par ailleurs des effets sur la santé des femmes enceintes. « Ils augmenteraient le risque d’avortement spontané, d’accouchement prématuré et de retard de croissance intra-utérin, précise Marie-Anne Gautier. On conseille donc aux femmes de solliciter une visite médicale avec le médecin du travail dès qu’elles ont connaissance de leur grossesse, afin d’envisager un aménagement de leur poste si cela est nécessaire. »
Enfin, poursuit le médecin, les horaires atypiques « augmentent la fréquence et la gravité des accidents de travail et de trajet, notamment à cause de la somnolence et de la diminution de la vigilance ».

Mesures de prévention

Pour préserver la santé des salariés, l’INRS a listé des recommandations pratiques à mettre en place individuellement, en complément de la démarche de prévention collective mise en œuvre par l’employeur. « La première partie de ces recommandations a trait au sommeil, indique Marie-Anne Gautier. Il est préconisé d’éviter les excitants cinq heures avant de se coucher, de faire des pauses ou des siestes, de respecter un rituel du coucher et de dormir dans le noir total et dans un environnement le plus silencieux possible. La seconde partie des recommandations concerne l’alimentation et l’hygiène de vie. Il est important de respecter les trois prises alimentaires par jour, avec un petit-déjeuner complet, puis, avant la prise de poste, un repas riche en protéines et comprenant des glucides en petite quantité et des légumes, et pour finir, après le travail, un menu privilégiant les glucides. Les salariés peuvent également faire une collation légère au cours de la nuit, mais ils ne doivent pas grignoter ni sauter de repas. Enfin, il est capital de pratiquer une activité physique régulière pour rester en forme. »

Sources : FNMF-Léa Vandeputte-Shutterstock